Capture d’écran 2017-11-14 à 18.16.35Lundi, Melissa Silverstein postait sur twitter une photo comparative entre les costumes des amazones sur Wonder Woman de Patty Jenkins et sur le tournage de Justice League par Zack Snyder.
Si les genouillères et autres lanières de cuire ne changent pas d’une photo à l’autre, force est de constater que Snyder ne donne pas à ses guerrières beaucoup de centimètres de tissu et d’armure. Laissant leur abdos apparents, Snyder promeut une vision unique du corps féminin assez inquiétante au final. Il n’en est cependant pas à son coup d’essai : on se rappelle tous de l’esthétique slip de cuir/muscles saillants tartinés à la fleur d’oranger (comme le dirait un grand critique) des spartiates virils de 300 ou des costumes vraiment limite des héroïnes de Sucker Punch.

300affiche.Sucker-Punch.42283Au regard de la bataille de commentaires qu’a suscité son tweet, on voit bien qu’il y a un débat complexe sur le male gaze supposé de Snyder, des pour et des contre, du bon et du mauvais, de la mauvaise foi et de la sincérité. Certains vont jusqu'à l'Antiquité pour défendre le cinéaste avec ses statues grecques à moitié à poil en toges ou arguer, photo à l'appui, que le film de Patty Jenkins possède lui aussi des femmes objectifiées. Au-delà du discours de Silverstein et de ses réponses passionnées, faisons le tri en regardant de plus près pourquoi Snyder a cette fascination pour des surhommes surréalistes, tous sexes confondus.
Commençons par comprendre qui sont les instigateurs d’une oeuvre et leur mode de vie. Membre de la NRA, on sait que Zack Snyder partage avec sa femme, Deborah, productrice sur ses films, des idéaux très patriotiques, tous deux fiers républicains amoureux de la bannière étoilée, ancrés dans les traditions. Au-delà de ça, le couple semble même investi d’une volonté quasi religieuse: il suffit de lire cet article édifiant sur 20 minutes qui décrit comment la Warner engage des théologiens et des prêtres pour vendre Man of Steel en faisant des parallèles avec le Christ. Batman v Superman regorgeait aussi de références boursouflées à la mythologie chrétienne jusqu’à la Pieta.

640x640_12015184

Evoquant des idoles sans les comprendre, Snyder n’est probablement pas le grand facho ou misogyne que beaucoup essaient de peindre mais un inconscient, quelqu’un qui manie des symboles sans en avoir les capacités et se contredit en les agitant dans tous les sens, symptomatique de la pensée Trump. Mêler la religion au commercial dans une uniformisation de la pensée qui passerait par le corps bodybuildé n’a jamais mené à de belles choses (tousse Leni Riefenstahl). Avec Starship Troopers, Verhoeven critiquait déjà à l'aube des années 2000 cette vague propagando-commerciale mais visiblement, personne ne l'a écouté. Quelques oasis subsistent ici et là tels que Mad Max : Fury Road mais ils sont rares. Les films de Snyder restent des objets de mode qui sont naturellement destinés à vieillir : 300 commence déjà à piquer les yeux et le très hype Wonder Woman n’y échappera pas. Les Synder ont chapeauté énormément d’éléments sur ce dernier : Deborah produisait et Zack a même co-écrit le film. Pour un film que l'on a vendu comme féministe, seules trois femmes sont dans la vingtaine de postes clés (réalisation, scénario, production) : Patty Jenkins, Deborah Synder et Rebecca Steel Roven. 

Capture d’écran 2017-11-14 à 18.57.58prod

Sur un blockbuster, le réalisateur n’étant pratiquement jamais l’auteur du film, dans sa production design comme sa philosophie, Wonder Woman se révèle être plus une oeuvre de Zack que de Patty : le tweet de Silverstein en devient donc presque hors sujet. Il s’agit juste ici de la vision bas-de-plafond d’un imaginaire populaire du cinéaste grand public le plus surcôté en activité, extension malade d'une industrie hollywoodienne faussement cool et progressiste. Ah d'ailleurs, Justice League sort demain.