Ok donc là, on touche à quelque chose de grand, sorti en 1991. Parodiant les films de karaté à la mode des eighties, ce film amateur reconstitue tous les passages obligés du genre en y injectant une bonne dose de débilité hystérique. 
L’histoire suit Clarence qui veut devenir un ninja professionnel contre l’avis de ses parents. Il découvre ensuite que sa copine Shotsi le trompe et va s’entrainer en Corée pour apprendre les arts martiaux. Lorsqu’il revient, Clarence pète tout simplement la gueule de l’amant de Shotsi dans un duel épique et en sort vainqueur. Arrive ensuite un générique de près de 5 minutes, bardé de détails farfelus tels que « basé sur la comédie musicale Clarence ! » et « Toutes ressemblances à des personnes vivantes ou mortes seraient un miracle absolu et les preuves de leur existence devraient être amenées à l’attention des producteurs immédiatement. »

image-w1280cd79320f28bd97c13cbe4780f3c3fbcfPar sa qualité toute pérave, Ninja Bachelor Party demeure un sommet de n’importe quoi, à se mater bourré entre potes ou un pet entre les doigts. Tourné avec une caméra VHS dernier cri, sur 10 ans entre Austin et Houston au Texas, le projet nait des cerveaux malades de Kevin Booth, David Johndrow et surtout Bill Hicks. Icône du stand-up américain, ce dernier est mort à seulement 32 ans d’un cancer du pancréas, dû à une vie d’excès rock’n’roll à base de coke, d’alcool et de fumette. Ses one-man shows sont très vite devenus cultes aux Etats-Unis à titre posthume. Jetez-vous à l’occasion sur Relentless et Revelations sur Youtube où sa transe et son délire au micro n’ont rien à envier à Hendrix à la guitare. 
Comme Andy Kaufman, Tupac ou Elvis, une légende urbaine voulant qu’il soit toujours vivant s'est installée à son sujet, certains théoriciens du complot le voyant même déguisé depuis toujours en Alex Jones, prédicateur d’extrême-droite. 
Comme George Carlin, son influence aussi reste encore palpable sur les grands humoristes actuels à l’image de Louis C.K et Bill Burr. 
Délire de fumeurs de bédos dégénérés, le film vaut plus pour ce qu’il représente que ce qu’il est, à savoir la seule réalisation d’Hicks. Doublé intentionnellement avec les pieds (deux ans avant La Classe américaine d’Hazanavicius), ce vomi cinématographique à 5000 $ transmet une véritable bonne humeur communicative, culminant dans les dernières minutes du combat final d’une zederie jouissive. Anticonformiste, punk et parfois de très mauvais goût en ce qui concerne les stéréotypes asiatiques, Ninja Bachelor Party ressemble tellement à son créateur : inarrêtable, ne reculant devant aucun tabou et déversant une quantité quasi infinie d’humour rageur enfiévré. Enjoy.

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