Capture d’écran 2017-09-13 à 16.49.06

Signer chez Def Jam, label mythique qui a compté dans sa famille les Beastie Boys, LL Cool J ou encore Public Enemy, le rêve ? Pas pour Frank Ocean, qui se retrouve laissé en plan par la maison peu de temps après l’avoir rejointe. L’histoire de sa carrière est celle d’un bon gros doigt d’honneur à cette filiale du groupe Universal.

En 2005, alors que Frank fait encore de la musique à New Orleans sous son nom de naissance, Lonny Breaux, l’ouragan Katrina dévaste la ville et tout son équipement d’enregistrement se retrouve à la flotte. Lonny s’en va à Los Angeles avec quelques démos dans la poche, pour un séjour de six semaines qui se muera en nouvelle vie sur la côte ouest. En 2009, après quatre ans de petits boulots miteux et d’acharnement, il rencontre Tricky Stewart, producteur et A&R chez Def Jam, qui a travaillé entre autres avec Rihanna et Justin Bieber. Soufflé par le talent de Lonny, Tricky lui propose aussitôt un contrat, mais quitte Def Jam peu après, laissant son poulain dans une écurie qui ne se soucie pas vraiment de lui. En 2016, dans une interview au Fader, il explique : «Le label n’était pas enthousiasmé par cette signature. Il ne lui ont pas donné le respect que, selon moi, il méritait. Je n’ai pas vraiment réussi à faire en sorte que Def Jam s’intéresse à lui comme je pense qu’ils auraient dû le faire. […] La vérité, c’est que si Chris Clancy et Odd Future ne l’avaient pas pris sous leur aile, on ne saurait peut-être pas qui est Frank aujourd’hui. Du côté de Def Jam, je ne suis pas parvenu à ce que quiconque lui porte un peu d’attention. C’est là que nous avons perdu Frank Ocean.» L’année suivante, toujours empêtré sans porte de sortie dans ce contrat, il fait la rencontre de Tyler, The Creator et de son collectif Odd Future. C’est dans leurs encouragements qu’il puise l’espoir de produire sa première mixtape, Nostalgia, Ultra, tout seul, au nez et à la barbe de son label, et sous un nouveau nom, Frank Ocean. Sur Twitter, il explose : « c’est. moi. qui. ai. fait. ça. pas ISLAND DEF JAM. c’est pour ça que vous ne voyez aucun logo de label sur la pochette que J’AI FAITE. j’imagine que c’est ma faute si j’ai fait confiance à mon connard d’avocat et que j’ai signé pour une carrière dans une entreprise en plein échec. nique Def Jam et toutes ces boîtes qui ont le culot de signer un gamin plein de rêves et de talent sans la moindre intention de le soutenir. qu’ils aillent se faire enculer. moi je retourne à ma vie. j’ai envie de muesli et de toasts. brunch swag »

Après le succès de Nostalgia, Ultra, Def Jam revient vers lui en rempant ; à présent, Frank les tient par les bourses : «Si vous voulez produire mon prochain album, filez-moi 1 million de dollars». Ce sera Channel Orange, qui sort en 2012. Mais pour remplir son contrat, Frank doit encore en sortir un dernier album ; le 19 août 2016 parait Endless, qui consiste en une vidéo de 45mn. Le lendemain, libéré, l’artiste porte le coup de grâce le plus éclatant à ceux qui l’ont trahi quand il n’était encore personne : sur son propre label créé pour l’occasion (Boys Don't Cry), il sort Blonde, disponible uniquement sur iTunes et Apple Music. En une semaine, il vend 275 000 copies de ce nouvel album, ce qui lui assure la coquette somme d’un million de dollars de bénéfices ; en étant indépendant, il touche 5 à 7,50$ sur chaque album vendu, contre 1,50 à 2$ s’il était dans une major. Dans la foulée, début 2017, il lance Blonded Radio, sa propre émission sur Beats 1, dans laquelle il diffuse la musique qu’il aime avec une ligne éditoriale qu’on pourrait qualifier de yolo (des Beatles à Sky Ferreira en passant par Sky & the Family Stone, Metronomy, 2 Chainz ou encore Céline Dion), et où il invite ses potes et dévoile ses nouveaux morceaux sans avoir à demander la permission à qui que ce soit. Il est libre, Frank.

++ Pour rencontrer d'autres gens qui disent merde aux majors, rendez-vous le 7 octobre prochain au Marché des Labels Indépendants, qui se tiendra à la Halle des Blancs Manteaux (Paris IVe).

(Source, source)