unnamed-4Quand il était petit, Cyril Dion répondait toujours «écrivain» à la question «Que voulez-vous faire plus tard ?». Et ça y est, il l'est devenu. C'est vrai, il sera passé par un chemin un peu tortueux, mais comme disait Anny Duperey (oui, oui, on cite Anny Duperey sur Brain) à François Busnel, «Un zig-zag, c'est le chemin le plus intéressant pour aller d'un point à un autre». L'homme aux mille talents parvient à rester cohérent sans jamais se fixer. Après Colibri, après Demain, il signe Imago.

Imago ? Oui, le nom du dernier stade d'un être qui se développe par étapes, comme le papillon (on ne veut pas étaler notre science, on ne connaissait pas le mot avant de lire le bouquin). Dire que ce livre est l'imago de Cyril Dion serait d'une facilité affligeante... mais on le dit quand même.

On avait découvert un homme aussi doux que puissant, aussi subtil que franc lors de l'interview accordée à Brain. On ne retrouve rien d'autre dans ce livre. Une histoire qui en dit long, mais qui le dit court. Cyril Dion a connu ceux qui se battent. Que ce soit pour la paix, pour la nature ou pour un Dieu vengeur. Il leur donne la parole. Avec de la bienveillance, mais sans condescendance. Une histoire qui ne veut pas expliquer. Loin de tout dogmatisme. Une histoire qui ne dit pas tout, mais qui laisse à voir. Qui permet l'empathie, sans l'excuse. Comme dans tout ce qu'il fait, Cyril Dion ne se laisse jamais aller au ton magistral, parce que la vérité ne fait jamais dans la grandiloquence. Tenter de comprendre un monde, c'est suivre un chemin de petites, toutes petites causalités. D'insignifiants petits vers qui, un jour, donnent un papillon.

Couv
Tout cela, on aurait pu s'y attendre en connaissant le bonhomme. Simplicité et profondeur. Mais ce qu'on ne pouvait pas savoir, c'est que Cyril Dion écrit. Et bien, même. Et puisqu'il y a pris goût (non, il ne nous l'a pas dit, mais l'écriture est très addictive, comme la cocaïne ou le Nutella), on attend avec impatience le prochain.

Incipit et explicit
Tu étais dans mes bras.

Excipit
La douleur était une porte béante. Ou peut-être une fenêtre.

Ce que ce livre dit sur notre époque
Aucun des terroristes européens agissant au nom de Daesh n'a parlé de Dieu, de laïcité, de voile ou de paradis lors de leur interrogatoire. Aucun. En revanche, tous ont mentionné une vengeance personnelle. Un sentiment d'inutilité. Une humiliation dans le quartier. À l'école. Bref, un rien. Mais c'est l'histoire même de notre univers : l'explosion d'un point insignifiant donnant vie à l'univers.

Pour comprendre le terrorisme, il faut comprendre la géopolitique, la guerre en Syrie, la gestion de l'après-Irak, la lutte sunnite/chiite... Mais pour comprendre les terroristes, il faut plonger dans les détails. Nous ne sommes que ça, une somme de détails. Comme un désert n'est qu'une somme de grains de sable.

Vous avez aimé, vous aimerez
L'opticien de Lampedusa d'Emma-Jane Kirby, L'Étranger de Camus, Jihad Academy de Nicolas Hénin, tout Marc Dugain, Secret défense de Philippe Haïm, Le bureau des Légendes, boire un café avec un ami sans parler...

++ Imago, de Cyril Dion, éd. Actes Sud, 211 p., 19 €